« Une culture fixée sur la minceur du corps de la femme n’est pas une obsession de la beauté,  mais plutôt une obsession à propos de l’obéissance  de la femme. Être au régime perpétuel est le sédatif politique le plus puissant qui soit dans l’histoire de la femme. Une population qui souffre en secret est une population docile. » Naomi Wolfe

 

J’ai toujours eu une relation malsaine avec mon corps.

L’ENFANCE

J’avais 8 ans la toute première fois qu’on m’a dit que j’étais grosse.

Ca a commencé avec ma mère, qui me disait que j’avais un surplus de poids et que je devrais maigrir, manger moins et bouger plus.

Je n’en veux pas à ma mère car, je sais aujourd’hui qu’elle avait une bonne intention, mais à l’époque, j’avais l’impression de ne pas être « correcte » d’avoir un surplus de poids.

Comme si être ronde voulait dire que je ne méritais pas d’être aimée. Que je n’étais pas « assez » à ses yeux…

Je sais aussi qu’elle ne savait pas faire autrement car sa propre mère, ma grand-mère, avait été encore bien pire avec elle.

Ensuite, les enfants à l’école ont commencé à être vraiment méchants, et à me traiter de boule de graisse. (On peut être tellement cruel lorsqu’on est enfant.)

Le problème en réalité, ce n’était pas que les autres étaient durs envers moi.

Le problème, c’était que je les ai crus.

J’ai cru qu’être grosse était qui j’étais, que ça faisait partie de mon identité!

J’avais l’impression que je n’étais jamais assez bien pour les autres, jamais assez bien pour mériter de recevoir de l’attention de mes parents, de l’affection, de l’amour ou des paroles valorisantes.

Je croyais que je ne méritais pas d’être aimée parce que j’étais grosse, alors je compensais en mangeant pour remplir le manque d’amour que je ressentais au fond de moi.

C’était un perpétuel cercle vicieux…

 

L’ADOLESCENCE

À l’adolescence est venu la pression des amies, l’obsession de la minceur (ou plutôt la maigreur), les magazines pour ados où on mettait en lumière des filles tellement maigres, voire malades et on voulait toutes leur ressembler.

Pour ma part, à l’adolescence je suis tombée dans l’autre extrême complet. Je suis devenue anorexique.

Je jetais mes lunchs en arrivant à l’école, je donnais de la nourriture à mon chien à l’heure du souper, et tous les trucs étaient bons pour ne pas manger.

Je crevais littéralement de faim…

Et le pire, c’est que je me disais que puisque je n’étais plus grosse, on allait enfin m’aimer! Mon corps allait enfin correspondre à ce que mes parents voulaient, à ce que la société attendait de moi!

Mais l’amour, l’acceptation et la validation ne sont jamais venus.

Mes parents me reprochaient alors d’être anorexique, et là j’ai pété un câble!

Je me suis dit : « S’ils me reprochent d’être grosse, et qu’ils me reprochent d’être mince, en somme peu importe ce que je vais faire, ils ne seront jamais contents. Jamais ils ne m’aimeront comme je suis. »

 

LA VIE ADULTE

Lorsque je suis entrée au Cégep, j’ai baissé les bras. J’ai abandonné la quête de la maigreur et je me fichais pas mal de mon corps.

Je me suis plongée dans les études sans trop me préoccuper de mon corps ou de ce qu’il avait l’air.

Je crois que c’est à cette époque que je me suis déconnectée entièrement de lui.

Je ne voulais plus le voir, ni l’entendre.

Je ne voulais plus rien ressentir. J’en avais assez d’avoir mal à l’intérieur alors j’ai tout étouffé.

Et en quelques années, j’ai recommencé à prendre environ 10 à 15 lbs par année.

Pendant tout ce temps, ma mère a recommencé à me mettre de la pression pour que je maigrisse, et elle rejetait mon corps, comme si il était mauvais d’être comme il était. Comme s’il avait fait quelque chose de mal! Comme si J’ÉTAIS, une mauvaise personne.

Jusqu’au jour où, à 25 ans, j’ai complètement pété les plombs. Je n’avais plus le choix.

J’en suis venue à lui dire : « Moi je m’aime comme je suis. Si tu ne m’aimes pas comme je suis, tu ne mérites pas de faire partie de ma vie. »

Ça a été très dur pour moi d’avoir à en venir là, à ces mots-là et à devoir rejeter ma mère, mais il fallait que ça cesse. Après lui avoir dit ça, elle a cessé.

Ca a été un long cheminement depuis ce jour-là.

J’ai commencé à faire du développement personnel et où j’ai commencé à prendre soin de moi, de qui j’étais, où j’ai appris à aimer la personne que je suis.

Je me suis choisie et aujourd’hui, j’ai bâti une vie à mon image et j’en suis très fière.

 

AUJOURD’HUI

Le seul problème, c’est que pendant toutes ces années, je m’étais reconnectée à moi et à qui je suis, MAIS je ne m’étais pas reconnectée à mon corps. Pendant toutes ces années,

J’ai été tellement dure envers mon corps.

Je l’ai jugé, rejeté, et je l’ai critiqué. Je tenté de le contrôler de toutes sortes de façons que ce soit avec la nourriture ou l’exercice.

J’ai tenté de le modeler, de le cacher ou de le maquiller.

À chaque fois que je le regardais j’avais l’impression qu’il y avait toujours quelque chose qui clochait.

Je l’ai attaqué avec des pensées, des paroles et des gestes tellement durs.

Je me suis fâchée après lui tellement souvent.

Je l’ai réprimandé et j’ai essayé de le soumettre à ma volonté parce qu’il ne répondait pas à l’idéal que j’avais pour lui.

Parce qu’il n’était pas « comme il devrait être ».

Puis, je l’ai renié, repoussé, supprimé et je me suis déconnectée de lui.

J’ai refusé de l’écouter, de l’entendre et de dialoguer avec lui car je croyais qu’il était l’ennemi à contrôler.

AUJOURD’HUI, JE RÉALISE QUE J’AI ÉTÉ EN GUERRE CONTRE MON CORPS TOUTE MA VIE!

Et cette guerre a été causée par un manque d’amour envers mon corps.

Un manque d’amour de moi!

Aujourd’hui, je me rends compte que je n’ai pas besoin de me battre contre mon corps.

Aujourd’hui,

JE. DÉPOSE. LES ARMES.

J’en ai fini de me battre.

J’en ai fini de me battre pour répondre à un idéal qui de toute façon n’est pas le miens.

J’en ai assez de vouloir répondre à un standard de société pour plaire aux hommes, aux femmes, aux médias et à je-ne-sais-qui.

Aujourd’hui, je veux me plaire à moi.

J’ai envie de nourrir ma relation avec mon corps.

Je me rends compte que ça m’a toujours manqué!

Pas de le faire « parce qu’il faut le faire » mais plutôt parce que je m’aime.

J’ai envie d’écouter mon corps, de renouer avec lui.

J’ai envie d’entendre sa sagesse profonde, de lui faire confiance et de laisser me guider.

Parce que je sais qu’au fond, toutes les réponses sont à l’intérieur de moi.

Et ça, aucune diète, régime, protéine miracle, gym ou entraineur privé ne peut me l’apporter.

Il n’y a que moi qui puisse renouer avec MON corps.

 

Mon rêve pour l’avenir

Lorsque j’observe la société et tous les messages qui sont véhiculés, je me rends compte à quel point cette guerre intérieure qu’on vit avec nous-mêmes est entretenue par toutes sortes de messages et de croyances populaires.

Que les messages nous arrivent de notre entourage ou des médias, il est toujours le même : que le corps de la femme se doit de répondre à un idéal, et que s’il ne répond pas à cet idéal, nous n’avons pas de valeur.

Alors, aujourd’hui je vous demande : êtes-vous en guerre contre votre corps?

Si oui, peut-être le moment est-il venu de déposer les armes à votre tour. 

Parce que j’ai envie qu’arrive un jour où les jeunes filles se sentent belles et bien dans leur peau exactement comme elles sont, peu importe les vêtements qu’elles portent, sans maquillage, et qu’elles s’aiment comme elles sont parce que leur mères et leurs grands-mère sont des modèles d’amour de soi.

Au fond, peu importe qu’on se trouve trop grosse ou trop mince, ou encore qu’on soit surentrainée mais qu’on surveille constamment notre corps, ou bien qu’on ait un poids santé mais qu’on soit tout le temps en train de surveiller ce qu’on mange, tout ca n’est pas sain.

J’ai envie d’être libre.

J’ai envie de me sentir dans mon corps, mon coeur et ma tête.

Et j’ai envie de vivre dans un monde où toutes les femmes s’affranchissent de cette guerre intérieure et retrouvent enfin leur liberté.

Imaginez le monde dans lequel on vivrait…

À votre liberté,

Emilie

PS: Si vous aussi, vous avez envie de déposer les armes avec moi et d’arrêter d’être en guerre contre votre corps, et si vous croyez que cet article pourrait bénéficier à d’autres femmes, je vous invite à le partager sur les réseaux sociaux avec la mention #jedéposelesarmes

PS2: On mérite tellement mieux!